L’Europe est responsable de la hausse des prix de l’énergie ! Vraiment ?

Depuis janvier 2021, les cours du pétrole ont augmenté de moitié, tandis que les prix de l’électricité ont doublé et ceux du gaz ont été multipliés par six. Certains estiment que l’Europe est responsable de cette flambée des prix et en viennent à remettre en cause le fonctionnement du marché européen. 

  1. Pourquoi les prix du gaz ont-ils explosé cet automne ?

Comme pour tout marché concurrentiel, lorsque l’offre est inférieure à la demande, les prix augmentent.

Du côté de la demande, la reprise économique mondiale, en particulier en Asie, fait mécaniquement augmenter la demande sur les marchés mondiaux. Or l’Europe est fortement importatrice des énergies fossiles, et dépend donc des cours mondiaux.

Parallèlement à l’augmentation de la demande, 2021 a été marquée par une contraction de l’offre de gaz, due à plusieurs facteurs, tels que : l’incendie d’un gazoduc en Russie en août, les retards pris dans la maintenance des infrastructures en raison du confinement (en Russie et en Norvège), ou encore la baisse de la production sur le site de Groningue aux Pays-Bas.

  1. Pourquoi les prix de l’électricité augmentent parallèlement à ceux du gaz ?

La demande d’électricité est d’abord satisfaite par les centrales électriques qui produisent le kWh le moins cher sur le marché, c’est-à-dire celui provenant des énergies renouvelables. Si ce type de centrales ne peut satisfaire l’ensemble de la demande, les autres centrales plus chères « entrent » sur le marché et fixent le prix du marché.

C’est donc le prix de la dernière centrale qui entre sur le marché qui détermine le prix auquel toute l’électricité produite à l’instant T sera vendue. En l’état actuel du parc européen de centrales, ce sont les centrales au gaz qui entrent en dernier, et qui fixent alors le prix de marché.

  1. Le marché de l’électricité possède de nombreux avantages, y compris pour la France

Avec la flambée des prix du gaz observé depuis le début de l’automne, certains remettent en cause le fonctionnement du marché européen de l’électricité, en particulier dans un pays comme la France, où le nucléaire est à l’origine d’environ 72% de la production électrique et le gaz à seulement 7%.

Un marché qui garantit les prix les plus bas possibles pour le consommateur

Le système basé sur le coût marginal, hérité de vingt ans de négociations au niveau européen (et donc toujours approuvé par la France), existait sur de nombreux marchés nationaux avant que le marché européen (c’est-à-dire un marché intégré et interconnecté) ne soit mis en place. Ce marché a été introduit pour faire profiter aux consommateurs des prix bas, en rendant les prix de marché transparents, et en permettant de faire entrer en priorité les centrales dont les coûts de production sont les plus bas.

Or sur les années récentes, sur la période 2015-2018, le marché européen de l’énergie a généré des prix très bas, et les consommateurs français ont pu accéder à une électricité inférieure à 30 euros le mégawattheure (alors que le prix de l’électricité produite par le parc nucléaire historique est de 42 euros / MWh).

Un marché qui garantit la sécurité d’approvisionnement

Le marché européen est également le garant de la sécurité d’approvisionnement, et selon la Commission de Régulation de l’Énergie en France, le fonctionnement et l’intégration très forte du marché européen a permis aux consommateurs français d’éviter 40 jours de black-out par an.

Un marché qui facilite la transition énergétique

En faisant entrer en priorité les centrales dont les coûts de production sont les plus bas, le système encourage les investissements dans les énergies renouvelables. Grâce au développement de ces énergies à travers l’Europe, elles fixent le prix de marché durant de plus en plus d’heures de la journée et de jours de la semaine, et ce phénomène devrait s’accentuer avec la transition énergétique.

Un marché qui permet à EDF d’exporter vers les pays voisins

Grâce aux interconnexions électriques entre les différents pays européens, la France exporte en moyenne 70 TWh d’électricité par an. Dès lors, quand le kilowattheure coûte « cher » dans les pays voisins, EDF (principal producteur d’électricité en France) peut dégager des marges importantes, grâce au coût modéré de sa production nucléaire, qui repose sur un parc largement amorti (coût estimé à 42 euros/MWh). Par exemple, le weekend du 9-10 octobre 2021, les prix ont atteint 93 euros en France, 81 euros en Allemagne, et 143 euros en Suisse, ce qui permet donc à l’opérateur historique, grâce à ses exportations, d’investir dans l’entretien de ses propres centrales.

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