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L’Union européenne, idiot du village global ! Vraiment ?

L’UE est la première puissance commerciale mondiale. Elle a les moyens de défendre ses intérêts dans la mondialisation. Les accords qu’elle négocie assurent la réciprocité dans les échanges quand ce n’était pas le cas jusque-là et mettent en place les règles nécessaires, là où il n’y en a pas, pour encadrer les échanges et la mondialisation. L’UE sait aussi défendre ses intérêts à la frontière. Les partenaires commerciaux de l’UE disent parfois de celle-ci qu’elle est un hippopotame: paisible en apparence, mais redoutable en réalité…

 

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Une performance commerciale européenne bien meilleure qu’on ne le croit !

La naïveté de l’UE en matière commerciale ne saute pas aux yeux quand on regarde ses résultats :

  • Dans un monde où tout bouge très vite, où la Chine a augmenté sa part dans les exportations mondiales de 10 points en 10 ans tandis que les États-Unis voyaient leur part s’effondrer de 6 points (passant de 16 % à 10 %) et le Japon de 3 points… l’UE a globalement maintenu ses positions, avec des parts de marché, qui sont passées de 16 % à 15 % dans le même temps.
  • Dans un monde où la Chine affiche un excédent commercial considérable et où les États-Unis accusent en retour un déficit commercial abyssal… l’UE enregistre un excédent commercial de 20 milliards d’euros par an dans les échanges de produits agricoles, de 300 milliards d’euros dans les produits industriels et de 130 milliards d’euros dans les services.
  • Ce n’est pas de naïveté que Donald Trump taxe les Européens quand il qualifie l’UE de machine inventée pour « gruger » les Etats-Unis et n’a pas de mots assez durs contre l’excédent de 150 milliards d’euros de l’UE avec les Etats-Unis dans les marchandises.

Manque de réciprocité ? De moins en moins le cas !

La politique commerciale a souvent été accusée de naïveté parce qu’elle manquait de réciprocité, ce qui, dans certains cas, a pu être le cas. En 2008, le Président de la République avait tapé du poing sur la table parce qu’Alstom ne pouvait pas concourir au Canada alors que son concurrent canadien Bombardier emportait un marché similaire en Ile-de-France.

Le CETA, que l’UE a négocié avec le Canada, met fin à cette asymétrie. L’UE a obtenu du Canada qu’il applique la réciprocité et ouvre ses marchés publics aux opérateurs européens, et ce – pour la première fois de son histoire. Le « cas » Alstom-Bombardier ne se reproduirait plus aujourd’hui et les entreprises européennes sont désormais dans une position bien plus favorables que les entreprises américaines sur le marché canadien. La même chose vient d’ailleurs d’être obtenue avec le Japon !

Des accords dont les entreprises françaises savent profiter !

En 2012, la France souhaitait activer la clause de sauvegarde concernant l’automobile dans l’accord entre l’UE et la Corée du Sud dans un contexte de difficultés sociales chez PSA. Après examen, la Commission a conclu qu’il n’y avait pas lieu d’activer cette clause de sauvegarde, qui aurait gelé l’application de l’accord en matière automobile.

Depuis, les résultats sont là. L’accord entre l’UE et la Corée du Sud a été mis en œuvre sans difficulté. La catastrophe annoncée n’a pas eu lieu. Les petites voitures coréennes n’ont pas inondé l’Europe. Au contraire, l’Europe a triplé ses exportations automobiles vers la Corée du Sud et résorbé le déficit commercial qu’elle avait jusque-là avec la Corée du Sud dans l’automobile. La France a quadruplé ses exportations de voitures.

Rien de tout cela n’aurait été possible si nous avions activé la sauvegarde en 2012. Aujourd’hui, l’accord entre l’UE et la Corée du Sud est un grand succès du point de vue européen, avec une augmentation de 60 % des exportations européennes en 5 ans. Les parts de marché européennes en Corée du Sud ont fait un bond, alors que les parts de marchés japonaises se sont effondrées et que les parts de marché américaines ont stagné.

Un marché européen loin d’être ouvert à tous les vents

L’Europe a tout intérêt à défendre un système commercial stable, ouvert et fondé sur des règles et joue un rôle de leader dans la lutte contre le protectionnisme, forte des alliances solides qu’elle a conclues avec des partenaires comme le Japon ou le Canada.

Mais ouvert ne veut pas dire offert. L’UE défend ses filières économiques sensibles dans les négociations commerciales et n’accepte l’ouverture aux échanges qu’à condition qu’ils soient justes et équitables. Près de 150 mesures anti-dumping et anti-subvention sont actuellement en vigueur, qui permettent de lutter contre les pratiques commerciales déloyales. Beaucoup d’entre elles ont été prises au plus fort de la crise de l’acier, où la surproduction mondiale conduisait certains de nos partenaires, notamment la Chine, à vendre à perte leur acier en Europe, menaçant de ce fait l’existence même de l’industrie européenne, pourtant modernisée et parfaitement compétitive. La Commission a instauré des mesures dont l’efficacité ne fait pas débat : pour les produits touchés par ces mesures, les importations en provenance de Chine ont chuté de 94 % entre 2011 et 2017.

Depuis, l’UE a encore renforcé son arsenal de défense commercial et mis en place un mécanisme européen de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques.

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